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Casino Luxembourg – Forum d'art contemporain

L'Homme gris

L’exposition L’Homme gris interroge les représentations non-archétypales du Diable dans l’art contemporain. Bien loin de disparaître, sa figure a simplement muté, démontrant de nouveau la fascinante faculté d’adaptation qui lui a permis de traverser l’histoire de l’art – et des hommes –, sans faiblir. Alors que la manière dont elle s’éclipse, se transforme, s’infiltre lui permet de revendiquer une position d’autant plus dangereuse, puissante, ou libératrice, elle offre aux artistes deux voies possibles à explorer. Leur choix oscille ainsi entre la coquille vide, le costume à endosser, l’image pure, et une insaisissable et constante métamorphose.

Cette stimulante alternative évoque, voire invoque, les dissimulations réflexives ou le recours à l’anonymat comme armes stratégiques ; révèle l’intériorisation maléfique en l’homme, et son insoutenable banalité ; questionne la frontière du visible et de l’invisible, du déguisement et de la masse ; aspire à raviver une ténébreuse flamboyance. La diagonale de la création traverse dès lors des pôles philosophiques, économiques, politiques, esthétiques, ou moraux.

Tel un étendard, l’ombre plane : celle, majuscule, de C. G. Jung, celle laissée par le vol inquiétant de l’archange déchu, celle qui occulte la lumière et plonge le monde dans un gris morose et tiède, bien qu’enveloppant ; surtout, celle que Peter Schlemihl a vendu à « l’homme gris », et qui lui permit, infortuné rejeté, de comprendre et d’admirer – véritable parabole de l’art – les merveilles de ce monde.

Commissaire Benjamin Biancotto


Photo : © Benjamin Biancotto