Collecting 101

La sélection d’œuvres présentées dans le parcours Collecting 101 de Luxembourg Art Week 2026 se caractérise par une forte présence d’artistes internationaux explorant différentes techniques picturales, ainsi que par un intérêt marqué pour l’art figuratif.


By Emanuela Mazzonis

La peinture traditionnelle à l’huile sur toile reste particulièrement répandue, y compris parmi les jeunes générations d’artistes, comme en témoignent les œuvres des deux peintres Lara Bloy (Galerie Pauline Renard, Lille) et Camille Brès (Galerie Ariane C-Y, Paris).
La première, originaire de Toulouse, utilise le geste pictural comme moyen d’exprimer l’introspection, la tension et le vertige. Le corps féminin est au cœur de sa recherche, souvent représenté dans un état de suspension, où le temps et l’espace semblent figés et transposés dans une autre dimension. Ici, une femme est abandonnée au sommeil, détachée de tout repère identifiable dans l’environnement qui l’entoure.

Galerie Pauline Renard   Lara Bloy   Egarée 61
© Lara Bloy, Egarée 61. Courtesy of Galerie Pauline Renard

In Camille Brès’s portrait, by contrast, the setting is immediately recognisable. Sunlight illuminates the profile of a little girl holding a small skeleton, while their shadows are cast onto the adjacent wall. There are no other indications of the space surrounding the figure; the light, gently enveloping this human gesture, evokes an intimate scene from everyday life.

Galerie Ariane C Y   Camille Brès   Tête à tête
© Camille Brès, Tête à tête. Courtesy of Galerie Ariane C-Y

Dans le portrait de Camille Brès, en revanche, le cadre est immédiatement reconnaissable. La lumière du soleil éclaire le profil d’une petite fille tenant un petit squelette, tandis que leurs ombres se projettent sur le mur adjacent. Aucun autre élément ne permet de situer l’espace autour du personnage ; la lumière, qui enveloppe délicatement ce geste humain, évoque une scène intime de la vie quotidienne.

Galerie Olivier Waltman  Manon Pellan, Final Cut  1, Crayon graphite sur papier, Graphite on paper, 50 x 50cm, 2024 (encadré)
© Manon Pellan, Final Cut. Courtesy of Galerie Olivier Waltman

Cette attention portée au geste humain se retrouve également dans les dessins au graphite sur papier de Manon Pellan (Galerie Olivier Waltman, Paris/Miami). Le blanc du fond, associé à celui qui se dégage des vêtements des personnages, crée une luminosité qui met en valeur la complexité des motifs. Les bras qui se croisent, les visages qui semblent s’effleurer et les mouvements intimes évoquent des gestes issus de la vie personnelle et quotidienne. Mémoire et présent s’entremêlent dans une composition harmonieuse.

ARTSKOCO   , 94x63.5cm, 2025 .
© Nung Saeng PARK, Luxembourg, Pt Adolphe. Courtesy of ARTSKOCO

Une attention minutieuse au geste se manifeste à nouveau dans les toiles de l’artiste coréen Nung Saeng (ARTSKOCO, Luxembourg). Les paysages montagneux sont représentés avec différents degrés de netteté, tantôt clairement visibles, tantôt à peine suggérés. La figure humaine apparaît petite, presque insignifiante, tandis que la nature domine la scène. Les couleurs acryliques accentuent cette atmosphère suspendue.

AA Gallery   Houda Terjuman   The silent world of tranquil lands, 2026   Oil and acrylic on canvas   40 x 90 cm
© Houda Terjuman, The Silent World of Tranquil Lands. Courtesy of AA Gallery

Le passage des paysages réalistes aux visions surréalistes s’incarne dans le travail de l’artiste marocaine Houda Terjuman (AA Gallery, Casablanca). Ses triptyques nous entraînent dans des « voyages du déracinement », à la recherche d’une identité perdue et déstabilisée. Arbres, chaises et bougies évoquent le désir de retrouver l’intimité d’un foyer disparu, mais toujours vivant dans la mémoire personnelle.

Galerie Philipp Anders   Sebastian Hosu    In the golden center, charcoal and oil on paper, 52x32 cm, 2023
© Sebastian Hosu, In the Golden Center. Courtesy of Galerie Philipp Anders

L’énergie des coups de pinceau de Sebastian Hosu (Galerie Philipp Anders, Leipzig) situe ses compositions à la frontière entre figuration et dynamisme abstrait. Habitué à travailler sur de grands formats, l’artiste présente ici de petites peintures à l’huile sur papier ou sur bois, dans lesquelles la relation entre le corps humain et le paysage environnant demeure intensément présente. Les formes et les couleurs superposées interagissent dans un rythme visuel qui insuffle aux compositions une émotion et une vitalité vibrantes.

Duran Contemporain   Paul Béliveau   Autodafé XXVIII, 2024
© Paul Béliveau, Autodafé XXVIII. Courtesy of Duran Contemporain

Nous évoluons ensuite vers un style proche de l’hyperréalisme avec les peintures acryliques de Paul Béliveau (Duran Contemporain, Montréal). Sur un fond noir, un gros plan d’une extrême précision révèle des livres brûlés, privés de leur fonction première. La série Autodafé propose une réflexion visuellement puissante sur la destruction du savoir et les formes de censure qui effacent la valeur symbolique fondamentale de l’écrit. Par leur précision extraordinaire et la minutie de leur exécution, ces peintures pourraient aisément être prises pour des photographies.

Pigment Gallery   Juan Escudero   Laredo
© Juan Escudero, Laredo. Courtesy of Pigment Gallery

Une observation tout aussi attentive des détails et des éléments qui composent le quotidien se retrouve dans les photographies de Marguerite Bornhauser (Galerie Porte B., Paris). Dans ces images en couleur et en noir et blanc, la lumière et la couleur deviennent les protagonistes de la scène. Les effets de clair-obscur dominent les compositions, entraînant le regard du spectateur au-delà des limites du récit. Harmonies de formes, symphonie de couleurs et attention soutenue à la luminosité se conjuguent pour créer un nouveau langage visuel.

Porte B.   Marguerite Bornhauser   Sans Titre   When black is burned
© Marguerite Bornhauser, Sans Titre, When black is burned. Courtesy of Porte B.

Les sculptures en PVC de Ken’ichiro Taniguchi (Eva Steynen Gallery, Anvers) introduisent une autre approche narrative, prolongeant l’exploration au-delà de l’image bidimensionnelle. Sa pratique s’articule autour du concept de « Hecomi » : les craquelures, fissures et zones endommagées produites par les forces naturelles sur des surfaces façonnées par l’homme, telles que les routes et les murs. Depuis 2000, son processus consiste à combler ces fissures du paysage urbain à l’aide de pièces de PVC jaune brillant, dont la texture inorganique contraste avec les surfaces qu’elles occupent. Ce processus donne finalement naissance à des sculptures pliables, dans lesquelles les craquelures et les fractures deviennent les éléments de composition de configurations paysagères entièrement nouvelles.

Eva Steynen Gallery.   Ken'ichiro Taniguchi Sint Bartholomeusstraat, 91, Part II, Antwerp Belgium – 2024
© Ken'ichiro Taniguchi, Sint Bartholomeusstraat, 91, Part II. Courtesy of Eva Steynen Gallery