(capsules) est une série d’installations temporaires qui prennent place dans des vitrines inoccupées, faisant surgir des propositions artistiques au détour de la ville et ouvrant l’espace urbain à la création contemporaine 7j/7 et 24h/24.
(capsules) bénéficie du généreux soutien de la Ville de Luxembourg.
Avec le soutien de ERCO
Andrea Vamos
Les trous dans l'histoire
Lieu
6-8, rue Jean Origer
L-2269 Luxembourg
L’installation proposée pour Capsules transforme la vitrine en un ancien dispositif de diffusion collective encore actif, mais dont le contenu symbolique a été perforé. À partir d’un ensemble de cartes postales yougoslaves représentant des spomeniks — monuments mémoriels antifascistes de l’ex-Yougoslavie — le projet interroge la circulation contemporaine des récits politiques et des formes visuelles de coexistence politique.
Initialement conçues comme objets populaires de diffusion, ces cartes postales participaient à la circulation d’un imaginaire collectif, d’une identité fédérale et d’une vision du vivre-ensemble portée par la Yougoslavie socialiste. Miniaturisations du monument, elles prolongeaient dans l’espace domestique la fonction symbolique et politique des spomeniks.
Les cartes postales sont assemblées en un large patchwork couvrant l’ensemble de la vitre. Les silhouettes des monuments y sont découpées manuellement, créant des zones de transparence à travers lesquelles le regard du passant traverse la vitrine. En arrière-plan apparaît une œuvre suspendue issue de la série Archives of Monuments, visible uniquement à travers ces découpes. Ainsi, le passant découvre d’abord une composition séduisante, moderniste, colorée, presque publicitaire. Puis les monuments manquent. Le regard cherche ce qui structurait ces images et ne peut accéder à l’espace intérieur qu’à travers ces absences. Le désir visuel continue ainsi d’opérer malgré la disparition de son centre idéologique. La vitrine devient alors moins un espace d’exposition qu’un appareil de circulation toujours opérationnel, hérité des logiques commerciales et idéologiques de diffusion collective. L’installation interroge la proximité entre image commerciale et image d’une société idéale : comment les images continuent-elles aujourd’hui à produire du désir collectif alors même que les idéologies qui les structuraient ont disparu ?
Biographie
Le travail d’Andréa Vamos s’articule autour de l’exploration de l’héritage géopolitique et des cicatrices mémorielles laissées par les ruptures historiques du XXe siècle. Franco-yougoslave, l’artiste ancre sa pratique dans une relecture critique de la région des Balkans.
Sa démarche se concentre sur l’intervention et la déconstruction de l’image d’archive publique, notamment celle issue de la propagande d’État. Le cœur de cette recherche réside dans la confrontation entre la mémoire collective monumentale, souvent instrumentalisée, et la mémoire individuelle fragmentée. L’artiste intervient sur cette écriture pour révéler l’écart entre le visible (le récit officiel) et l’invisible (la fracture, le déclin).
Chaque projet est précédé d’une phase documentaire rigoureuse, souvent menée in situ sur le territoire même. L’artiste intervient par des installations et/ou des interventions éphémères, qui visent à occulter pour mieux montrer et à réécrire la narration par un geste personnel. Cette action physique superpose la fragilité d’une construction individuelle à la monumentalité de l’histoire figée. Le geste est concentré sur l’apparition et l’effacement de l’image (l’impression au sens large). Pour chaque nouveau projet, un support hautement symbolique est choisi pour souligner la nécessité de protection face à l’amnésie, imposant l’écriture de la survie de l’artiste sur l’ancienne écriture de l’État. L’intervention étant éphémère, la photographie est l’archive pérenne qui fixe l’instant où la double lecture a été activée.
Ce travail renvoie à une nécessité fondamentale : celle d’appartenir à une histoire commune lucide, essentielle à la déconstruction des frontières, et offre une réflexion sur la résilience face à l’histoire complexe du présent.
Ses oeuvres ont été exposées en France, en Serbie et au Montenegro. En 2024, elle est lauréate du programme Elles & la Cité, initié par le Ministère de la culture. En 2026, elle expose au Centre d’art contemporain Tignous, à Montreuil.
Découvrez l’ART WALK en téléchargeant le plan ici.