Gilles Pegel | Fork, 2026

[sculpture trail]

Avec [sculpture trail], Luxembourg Art Week réunit une sélection d’œuvres et d’installations présentées en plein air. Leur implantation dessine un parcours à travers la ville, invitant à rencontrer l’art au détour des rues, des trajets quotidiens et des lieux familiers.

[sculpture trail] bénéficie du généreux soutien de la Ville de Luxembourg.


Gilles Pegel

Fork, 2026
Tubes en acier inoxydable cintrés par induction CNC, cadre de BMX thermolaqué (race pink)
Dimensions: Env. 270 × 110 × 70 cm
Avec l'aimable autorisation de l'artiste

Lieu

Pont Adolphe (à l'intersection de l'avenue Marie-Thérèse et de la place de Bruxelles)
Luxembourg


Fork (ROTM)
 réunit deux structures conçues et fabriquées avec précision : deux grandes hélices en acier inoxydable et un cadre de BMX rose vif. Les hélices émergent du sol avant d’y disparaître à nouveau, comme si seule une partie d’un système beaucoup plus vaste devenait visible.

Leur géométrie renvoie au phénomène de « perversion hélicoïdale », décrit par Charles Darwin en 1865. Chez certaines plantes grimpantes, une spirale inverse soudainement son sens de rotation avant de poursuivre sa croissance. Gilles Pegel revient depuis plusieurs années à cette anomalie structurelle, qu’il utilise comme modèle pour penser la mutation, l’adaptation et ces moments où un ordre établi change de direction sans pour autant disparaître.

L’œuvre a été conçue une première fois en 2021 et installée dans un paysage rural. Dans ce contexte, l’acier poli apparaissait presque comme un corps étranger, une structure technologique venant interrompre la nature. Réinterprété dans un contexte urbain en 2026, le même matériau change de statut. Le tube en acier inoxydable appartient aujourd’hui au langage quotidien de la ville : mains courantes, garde-corps, supports à vélos et autres éléments d’infrastructure. Ce qui semblait étranger dans un champ peut presque se fondre dans l’espace urbain.

Ce déplacement est aussi temporel. En 2021, l’intelligence artificielle et les systèmes technologiques de plus en plus autonomes relevaient encore largement de la spéculation. Aujourd’hui, ils font partie du quotidien. L’IA n’est pas le sujet de la sculpture, mais l’un des exemples les plus visibles d’un intérêt plus large pour des systèmes qui évoluent, s’adaptent et développent des logiques qui dépassent leur conception initiale.

Le cadre de BMX pousse cette ambiguïté plus loin. L’une des hélices traverse directement le cadre, qui devient physiquement indissociable de la sculpture. Au premier regard, il peut rappeler l’image familière d’un cadre de vélo attaché à du mobilier urbain. En s’approchant, la situation devient pourtant impossible : le cadre n’a pas été fixé après coup. Il est pris dans la structure et fait désormais partie de l’œuvre.

Les deux éléments sont eux-mêmes des formes hautement construites. Les hélices sont modélisées numériquement puis réalisées par cintrage CNC par induction, un procédé davantage associé à l’ingénierie industrielle qu’à la sculpture. Le cadre de BMX constitue une seconde structure pensée autour de l’efficacité, du mouvement et d’une géométrie précise. Leur rencontre transforme deux langages fonctionnels en un seul système sculptural.

Le titre Fork prolonge cette idée de bifurcation. En informatique, un fork désigne le moment où un système se sépare pour poursuivre une nouvelle ligne de développement. Dans la blockchain, un hard fork crée une divergence permanente. Le mot appartient également au vocabulaire du vélo. Dans chacun de ces usages revient le même principe : la continuité demeure, mais la direction change.

Fork (ROTM) se situe volontairement entre sculpture et infrastructue, entre contemplation et usage. Elle appartient à la ville tout en en perturbant discrètement la logique.

Découvrez l’ART WALK en téléchargeant le plan ici.

Gilles Pegel ©Patty Neu
Gilles Pegel ©Patty Neu