Lieu : Art Talk Area, Luxembourg Art Week
Langue : Anglais
Intervenants :
Julia Beliaeva, artiste plasticienne et multimédia
Johann König, galeriste, fondateur de la KÖNIG GALERIE
Christian Mosar, directeur de la Konschthal Esch
Comment un matériau associé au raffinement et à la fragilité peut-il dire la violence de la guerre ? Depuis Kyiv, Julia Beliaeva façonne en porcelaine des corps, des visages et des architectures qui semblent sortis des salles de sculpture antique ou des vitrines des grandes manufactures. Mais cette beauté est un piège : les figures mythologiques et les personnages des contes populaires qu'elle convoque portent les stigmates d'un conflit bien réel, celui que vit l'Ukraine depuis 2022.
À la croisée des savoir-faire traditionnels et des technologies numériques (numérisation et impression 3D, réalité virtuelle), son œuvre interroge ce qui reste d'un patrimoine menacé et ce que l'art peut encore transmettre lorsque tout vacille.
Pour cette conversation, deux interlocuteurs qui accompagnent son travail à des endroits différents rejoignent l'artiste : Johann König, fondateur de la KÖNIG GALERIE à Berlin, qui la représente, et Christian Mosar, directeur de la Konschthal Esch et commissaire de son exposition White Shadows en 2026.
Ensemble, ils reviendront sur le parcours de l'artiste et sur la place d'une voix ukrainienne dans le paysage artistique européen. Ils évoqueront aussi le rôle de la galerie et celui de l'institution dans la diffusion d'une œuvre née dans un pays en guerre, et la responsabilité de montrer, de soutenir et de faire circuler ces récits. Une rencontre entre création, marché et institution pour penser ensemble l'art comme espace de mémoire, de résistance et de transmission.
Biographies
Julia Beliaeva, artiste plasticienne et multimédia. Née en 1988 à Haïssyn, dans la région de Vinnytsia (Ukraine), Julia Beliaeva vit et travaille à Kyiv. Diplômée de l'Institut d'État des arts décoratifs et appliqués et du design Mykhailo Boychuk de Kyiv, Julia Beliaeva développe une pratique qui associe les technologies numériques (numérisation, modélisation et impression 3D, réalité virtuelle) à des savoir-faire traditionnels, au premier rang desquels la porcelaine. À travers ce matériau, elle interroge un patrimoine culturel menacé, notamment celui de l'industrie céramique ukrainienne aujourd'hui disparue. Depuis l'invasion russe de 2022, son travail convoque la mythologie classique et les contes populaires pour donner forme à la réalité de la guerre, entre souffrance et résistance. Elle est représentée par la KÖNIG GALERIE, qui a présenté en 2025 à Berlin sa première exposition personnelle avec la galerie, Siren and Sirens. La même année, elle a fait une résidence à la Manufacture royale de porcelaine de Berlin (KPM). En 2026, la Konschthal Esch lui a consacré l'exposition White Shadows. Son travail a été montré en Ukraine, en Allemagne, en France, en Autriche, au Danemark, en Pologne, au Portugal et aux États-Unis.
Johann König, galeriste, fondateur de la KÖNIG GALERIE. Né en 1981 à Cologne, Johann König grandit dans une famille profondément liée au monde de l'art : il est le fils du commissaire d'exposition Kasper König. En 2002, à 21 ans et avant même d'avoir passé son baccalauréat, il ouvre sa propre galerie à Berlin. Il y expose très tôt des artistes qui deviendront des figures reconnues de la scène internationale, comme Jeppe Hein, Tue Greenfort, Michael Sailstorfer ou Tatiana Trouvé. Depuis 2015, la galerie a pour espace principal l'ancienne église brutaliste Sainte-Agnès, à Berlin-Kreuzberg, reconvertie en lieu d'exposition. Devenue la KÖNIG GALERIE, elle s'est développée à l'international et défend aujourd'hui des artistes émergents comme confirmés, avec une attention particulière portée aux jeunes générations. Sa programmation, pluridisciplinaire, couvre la sculpture, la peinture, l'installation, la vidéo, la photographie et la performance. Johann König représente Julia Beliaeva, dont il a présenté l'exposition Siren and Sirens à Berlin en 2025.
Christian Mosar, directeur de la Konschthal Esch. Né en 1968 à Esch-sur-Alzette, Christian Mosar est historien de l'art, formé à l'Université de Strasbourg. Il a d'abord exercé comme artiste et photographe, avant de se consacrer à la critique, à la médiation et au commissariat d'exposition ; il a notamment animé une émission culturelle sur la radio 100,7. Figure de la scène artistique luxembourgeoise, il a été directeur artistique d'Esch2022, Capitale européenne de la culture. Depuis 2020, il dirige la Konschthal Esch, centre d'art contemporain installé dans l'ancien Espace Lavandier et ouvert au public en 2021, ainsi que la résidence d'artistes Bridderhaus. Il y défend une programmation ancrée dans les questions de son temps, qui favorise le dialogue entre artistes luxembourgeois, de la Grande Région et de la scène internationale. En 2026, il a assuré le commissariat de l'exposition White Shadows de Julia Beliaeva à la Konschthal.